Les pesticides

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Eau contrôle sanitaire

En Occitanie, 87,1 % (chiffre 2024) de la population est alimentée par une eau conforme aux normes relatives aux pesticides toute l’année (indicateur de qualité A).

Les pesticides sont des substances indésirables et qui peuvent avoir de nombreux effets négatifs sur la santé. Dans la nature, les pesticides vont se dégrader pour former de nouvelles molécules plus petites : ce sont les métabolites de pesticides.

Le terme « pesticide » désigne les molécules actives ou les préparations utilisées pour la prévention, le contrôle ou l'élimination d'organismes indésirables, qu'il s'agisse de plantes (herbicides), d'animaux (insectes, acariens, mollusques, etc.), de champignons (fongicides) ou de bactéries. Il existe plus d’un millier de substances actives de pesticides. Ces substances sont vendues sous différentes formes et on peut dénombrer près de 10 000 préparations et formulations destinées à la vente. Elles sont principalement utilisées en agriculture.

Effets sur la santé

L’exposition longue à de faibles doses des pesticides ou de leurs métabolites entraine des effets qui sont nombreux et parfois mal connus. Des études épidémiologiques récentes (Expertise Inserm 2021) ont mis en évidence une présomption forte de liens entre l’exposition aux pesticides et le risque d’apparition de pathologies cancéreuses, neurologiques ou encore de troubles de la reproduction. Si ces études concernent majoritairement l’exposition des travailleurs, les mêmes effets sont suspectés pour une exposition en population générale. L’exposition à ces substances est donc à prendre dans sa globalité, c’est ce que préconise la loi de modernisation du système de santé au travers du concept « d’exposome » intégrant les effets de l’ensemble des voies d’exposition (ingestion, inhalation, contact) tout au long de la vie.

Les pesticides peuvent avoir des effets aigus (exposition courte mais à fortes doses) sur la santé qui se traduisent par des vomissements, des nausées, des irritations cutanées, des atteintes de plusieurs organes (foie, reins, système nerveux) plus particulièrement chez les travailleurs qui sont les plus exposés.

La majorité des apports en pesticides par l’alimentation provient de la consommation de fruits et de légumes.

Exigences de qualité

L’instruction du 18 décembre 2020 relative à la gestion des risques sanitaires en cas de présence de pesticides et métabolites de pesticides,complété par l’instruction du 24 mai 2022 précise la définition des métabolites et propose des mesures de gestion à mettre en place en cas de dépassement des limites de qualité.

Les métabolites de pesticides sont les molécules qui se forment notamment suite à la dégradation d’une molécule mère de pesticide. Ces métabolites peuvent avoir autant d’impact que la molécule mère sur la santé ou l’environnement. Les métabolites sont classés selon leurs propriétés et effets sur la santé :

  • S’ils sont actifs biologiquement et/ou ont une toxicité avérée, ils sont qualifiés de pertinents.
  • S’ils sont non actifs biologiquement et non génotoxiques, non cancérogènes, non reprotoxiques, sans potentiel de perturbation endocrinienne et sans transformation dans la filière de traitement EDCH en produit dangereux pour la santé humaine, ils sont qualifiés de non-pertinents.

Les métabolites n’ayant pas encore été classés sont traités par défaut comme pertinents.

Les métabolites posent des problèmes de gestion spécifiques, leur présence dans les sols et donc dans les eaux après ruissellement pouvant se maintenir longtemps après l’usage de leur molécule mère. De plus, les connaissances sur les métabolites et les méthodes pour les analyser évoluent moins vite que les usages des molécules mères, d’où une détection parfois tardive de certains métabolites.

Des dépassements de la limite de qualité étaient déjà constatés avant l’instruction. Les dispositions de cette instruction visent notamment à appliquer les mêmes principes de gestion sanitaire aux pesticides et aux métabolites pertinents. Elle a également pour objet de réduire le délai de retour à une situation de conformité des eaux distribuées.

Les pesticides ont deux seuils de gestion :

Un seuil de gestion général pour l’ensemble des molécules fixé à 0,1μg/L (appelée limite de qualité) pour les eaux distribuées et à 0,5 µg/L pour le total des pesticides et métabolites pertinents détectés et quantifiés. En cas de dépassement de la limite de qualité mais avec une valeur restant en dessous de la valeur sanitaire maximale (définition ci-dessous), l’eau peut être consommée mais des mesures doivent être prises pour rétablir rapidement sa conformité. Cette valeur constitue un indicateur de dégradation de la qualité de la ressource en eau, ou une filière de traitement insuffisamment performante. Des mesures correctives doivent alors être engagées.

Une valeur sanitaire maximale (appelée Vmax) à ne pas dépasser pendant une période dérogatoire qui est propre à chaque molécule et qui dépend de l’état des connaissances à son sujet. La gestion des risques sanitaires repose sur ces Vmax établies par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), propre à chaque molécule. En l’absence de Vmax, l’utilisation d’une valeur sanitaire transitoire (VST, notion introduite dans l’instruction du 24 mai 2022) est préconisée en cas de dépassement de la Vmax (ou de la VST), des restrictions de consommations d’eau peuvent être édictées par le Préfet de département. Ces mesures de restriction sont préconisées pour les métabolites de pesticides non pertinents qui ne disposeraient pas d’une valeur sanitaire et dont la concentration dépasserait une valeur indicative de 0,9 µg/L.

A noter que les valeurs sanitaires maximales ne sont pas disponibles à ce jour pour toutes les molécules. En l’absence de Vmax et de VST, l’Instruction du 18 décembre 2020 relative à la gestion des risques sanitaires en cas de présence de pesticides et métabolites de pesticides préconise d’interdire l’eau à la consommation humaine dès le dépassement de la limite de qualité (0,1 µg/L).

Par ailleurs :

  • 9,8 % de la population (est alimentée par une eau de qualité B : (classe NC0) : présence de pesticides ou métabolites à des concentrations supérieures aux limites de qualité (si présence de Vmax ou VST) fixées par la réglementation, sur une période n’excédant pas 30 jours cumulés sur une année, sans jamais dépasser la Vmax ou VST ; l’eau distribuée ne présente pas de risque sanitaire
  • 2,5 % de la population est alimentée par une eau de qualité C : (classe NC1) : 

présence de pesticides ou métabolites à des concentrations supérieures aux limites de qualité (si présence de Vmax ou VST) sur une période de plus de 30 jours cumulés sur une année sans jamais dépasser la Vmax ou VST ; l’eau distribuée ne présente pas de risque sanitaire pour la population ;

Les pesticides à l’origine de ces non-conformités sont :

  • L’atrazine déséthyl déisopropyl
  • L’atrazine déisopropyl
  • Le métolachlore
  • L’imidaclopride
  • La simazine
  • Le métaldéhyde
  • La chloridazone desphényl
  • La chloridazone méthyl desphényl
  • Le N-N diméthyl sulfamide

Pour 0,6 %de la population, il n’y a pas de données relatives à la conformité aux pesticides pour 2024 mais les analyses des années précédentes n’ont pas révélé de non conformités sur ce paramètre.

Pour les situations NC0, NC1 et NC2, l’eau n’est pas conforme à la réglementation.

Ces chiffres font également ressortir de grandes disparités départementales, certains départements n’ayant eu en 2024 aucune non-conformité relative aux pesticides (Ariège et Aveyron), alors que les autres ont eu 1 ou plusieurs réseaux ayant été confrontés à des non-conformités relatives aux pesticides.

Les réseaux concernés sont des réseaux généralement alimentant de nombreuses personnes : si 9,8%de la population est alimentée par une eau ayant eu une seule non-conformité en pesticide en 2024, ce taux correspond à seulement 2,6 % des réseaux d’eaux de la région Occitanie.

Les situations départementales sont très variables 

Les causes à l’origine des non-conformités relatives aux pesticides sont diverses :

  • Pollution ponctuelle : il s’agit d’une pollution dont l’origine peut être déterminée dans l’espace et dans le temps : il peut s’agit d’un accident, d’un déversement, rarement d’une action malveillante.
  • Pollution diffuse : a contrario d’une pollution ponctuelle, les causes et l’origine de la pollution diffuse ne peuvent pas être déterminées, elles résultent d’une multitude d’utilisations de pesticides, dispersées dans le temps et dans l’espace, qui sont, pris indépendamment les uns des autres, conformes aux règles et aux normes d’application. Le cumul des pratiques dégrade peu à peu les masses d’eaux qui sont utilisées pour la production d’eau potable, et qui rend l’eau non conformes aux normes.