Hépatite A en Occitanie : se protéger, se vacciner

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L’hépatite A est une maladie due à un virus à ARN très résistant dans l’environnement. Il s’agit d’une maladie à transmission interhumaine par la voie féco-orale, de réservoir strictement humain. Si elle ne présente pas de forme chronique, elle peut être grave dans de rares cas en provoquant des formes fulminantes pouvant nécessiter une transplantation hépatique.

Il n’y a pas de traitement spécifique mais un vaccin existe qui prévient efficacement cette maladie.

Quels sont les symptômes et les formes cliniques de l’hépatite A ?

Après une longue incubation de 2 à 6 semaines (30 jours en moyenne) à la suite d’une exposition à risque (voir ci-dessous), elle se manifeste, lorsqu’elle est symptomatique, par une fièvre, une grande fatigue, des nausées et des douleurs abdominales suivies d’un ictère. Dans 10 % des cas il peut y avoir un rebond quelques semaines après, généralement avec une sévérité plus faible. La maladie est fréquemment asymptomatique : 70 % des cas avant l’âge de 3 ans. Cette proportion diminue avec l’âge.

Elle n’entraine jamais d’hépatite chronique et guérit généralement spontanément en 1 à 3 mois. L’immunité post infection dure toute la vie.

Exceptionnellement, l’hépatite A peut évoluer vers une hépatite fulminante (1/10 000 cas), forme très grave nécessitant le plus souvent une greffe du foie.

Son diagnostic est biologique : un bilan hépatique perturbé est associé à une sérologie anti VHA qui montre la présence d’IgM (pic au 60-90ème jour) puis d’IgG.

Qu’elles sont les modes de transmission et les expositions à risque ?

Sa transmission a lieu principalement par voie féco-orale :

  • par contact direct avec les matières fécales (selles) ;
  • par l’intermédiaire d’objets souillés ;
  • par la consommation d’eau ou d’aliments (crudités, coquillages, végétaux consommés crus) contaminés. Cela peut être due à un préparateur infecté ;
  • au cours de rapports sexuels notamment digito-anaux ou oro-anaux.

Le virus survit de manière prolongée dans l'eau non chloré.

Exceptionnellement, la transmission peut se faire par d’autres liquides biologiques (sang, salive.)

 

Quelles sont les pratiques et populations à risques ?

  • Les voyageurs, non immunisés, dans des zones de forte endémicité : Afrique, Moyen-Orient, Asie, Amérique Latine ;
  • Les enfants de moins de 3 ans et les personnes handicapées en collectivité surtout lors des retours de vacances ou si la circulation virale est augmentée ;
  • Les personnes en situation de précarité et rencontrant des difficultés d’accès à l’eau potable ;
  • Les personnes ayant des rapports sexuels à risque (digito-anaux ou oro-anaux) et particulièrement en cas de partenaires multiples ;
  • Professionnels non immunisés travaillant dans des collectivités de la petite enfance ou structures d’accueil de personnes handicapés ;
  • Manipulation d’aliments provenant des pays de forte endémicité sans respect strict des règles d’hygiène ;
  • Consommation de coquillages infectés et insuffisamment cuits, la cuisson classique des coquillages ne suffit pas ;
  • L’usage de drogues par voie intraveineuse.

Quelle est la situation internationale ?

L’hépatite A et E sont les hépatites virales la plus répandues au monde avec des risques de transmission variables selon les conditions sanitaires des pays. Des zones de haute endémicité (circulation importante de la maladie) existent en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique latine. Les pays industrialisés (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest, Japon et Australie) sont des zones de faible endémicité.

Quelle est la situation nationale ? 

En France, l’incidence annuelle des cas a connu une baisse continue entre 2009 et 2016. Durant cette période le taux d’incidence annuel est passé de 2,4 à 1,0 pour 100 000 habitants. Deux événements ont changé cette tendance :

D’abord, une épidémie a été détectée en 2017‑2018. Elle a principalement touché les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Le pic épidémique a été atteint avec une incidence de 5,3/100 000 habitants.

Puis, la pandémie de covid a entrainé en 2020 une diminution du taux à 0,61/100 000 habitants avec 411 cas en raison de la diminution des recours aux soins, au renforcement des gestes barrières et la réduction des voyages et déplacements.

Depuis 2022, il est observé une augmentation progressive du nombre de cas. De 451 en 2022 puis 742 en 2023, il s’élève à 1 010 en 2024 soit un taux d’incidence de 1,48/100 000 habitants.

Pour la période 2022‑2024, les caractéristiques des cas d’hépatite A sont :

  • Sexe ratio : 1,2, âge moyen autour de 30–33 ans ;
  • Incidence plus élevée chez les 5–14 ans ;
  • 72 % présentent un ictère, 54 % sont hospitalisés ;
  • Forte incidence à Mayotte ;
  • Expositions : voyages à l’étranger, contacts avec un cas, fruits de mer ;
  • Saison estivale toujours marquée, avec un pic en septembre‑octobre.
  • Quelques cas groupés en lien avec des écoles, des traiteurs, des huîtres de Normandie.
Nombre de cas et taux de signalement annuel pour 100 000 habitants, signalement obligatoire d’hépatite aiguë A, France entière, 2006-2024
Nombre de cas et taux de signalement annuel pour 100 000 habitants, signalement obligatoire d’hépatite aiguë A, France entière, 2006-2024

 

Taux de signalement (pour 100 000 habitants) d’hépatite aiguë A par département, France entière, 2024
Taux de signalement (pour 100 000 habitants) d’hépatite aiguë A par département, France entière, 2024

Quelle est la situation régionale en Occitanie ?

Au niveau régional, les signalements de cas d’hépatite A ont suivi une tendance semblable à celle du niveau national. Entre 2012 et 2016, le nombre de cas signalés était faible. Puis en 2017, le nombre de cas signalés a augmenté considérablement à la suite de l’épidémie parmi les HSH.

Après une faible circulation de l’hépatite A durant la pandémie de Covid-19, entre 2020 et 2022, à la suite des restrictions de voyage et à un renforcement des mesures d’hygiène, l’incidence nationale est revenue à des niveaux prépandémiques depuis 2023. Une recrudescence de cas d’hépatite A est observée à l’échelle nationale et internationale (plusieurs pays en Europe) depuis 2025.

L’augmentation saisonnière des cas hépatites A se produit habituellement entre 2 et 6 semaines après les vacances scolaires. Cela fait suite à des contaminations survenues lors de voyages dans des pays où le virus est endémique et en raison du délai d’incubation. En 2026, les données partielles et non consolidés montrent une recrudescence de cas parmi des hommes habitant à Toulouse : une quarantaine de cas ont été signalés en 4 mois. D’autres régions, comme les Pays de la Loire et la région Auvergne-Rhône-Alpes ont observé des recrudescences localisées de cas d’hépatite A parmi des personnes qui n’ont pas un accès facile à l’eau.

Nombre de cas d’hépatite A signalées à l’ARS Occitanie, entre 2012 et 2026*
Nombre de cas d’hépatite A signalées à l’ARS Occitanie, entre 2012 et 2026*

Quelles sont les mesures de santé publique à déployer ?

L’hépatite A est une maladie à signalement obligatoire depuis novembre 2005. Tout cas présentant une sérologie positive doit être signalé, sans délai, par un médecin ou biologiste établissant le diagnostic à l’Agence régionale de santé de la région où est située la résidence principale du cas. Cela déclenche la mise en place par l’ARS de mesures de santé publique et la surveillance épidémiologie de Santé publique France.

Pour faire cela, le signalant transmet le formulaire cerfa n°12614*02 

Pour l’ARS Occitanie, le signalement par le formulaire cerfa n°12614*02 doit être transmis au point focal régional de l’ARS concernée :

Le signalement à l’ARS permet de déployer des mesures de santé publique afin d’éviter des cas secondaires dans l’entourage d’un malade :

  • Identification d’expositions à risque ;
  • mise en place de mesures de prévention :
    • Le renforcement des mesures d’hygiène autour du cas ;
    • L’éviction de 10 jours du cas à compter du début de symptômes pour les professionnels manipulant des denrées alimentaires et les enfants en collectivité.
  • Contact tracing autour du cas afin de recommander la vaccination post-exposition aux personnes vivant sous le même toit et/ou personnes ayant eu un contact « intime » avec le cas dans un délai maximal de 14 jours après le dernier contact avec le cas pour les personnes qui :
    • N’ont pas été vaccinées contre cette maladie dans le passé ;
    • Sont nées après 1945 ;
    • N’ont jamais eu de jaunisse ;
    • N’ont pas séjourné plus d'un an dans un pays fortement endémique

Si au moins l’une de ces quatre conditions n’est pas remplie, une prise de sang sera réalisée pour vérifier l’absence immunité contre l’hépatite A et indiquer la vaccination.

  • Identification des tendances de l’incidence régionale, des situations de cas groupés et des chaines de transmission ou de facteurs de risque afin d’identifier les actions spécifiques à déployer.

En cas de situation de cas groupé, d’une recrudescence de cas, de la suspicion d’une contamination par consommation de coquillages en France métropolitaine, entre autres situations particulières, les échantillons positifs à l’hépatite A peuvent être envoyés au CNR pour réalisation d’un génotypage et identification des chaines de transmission.

Quelles sont les mesures de prévention ?

La prévention de l’hépatite A repose sur l’assainissement de l’environnement, le respect des mesures d’hygiène personnelle et collective, en particulier l’hygiène des mains, et la vaccination.

Pour limiter la propagation du virus, il est donc important de respecter quelques mesures d’hygiène simples :

  • se laver les mains après être allé aux toilettes ;
  • se laver les mains avant de préparer un repas ;
  • se laver les mains avant de manger ;
  • se laver les mains avant et après un rapport sexuel anal ;
  • ne pas partager les embouts à lavement ou les jouets sexuels non désinfectés ;
  • utiliser un préservatif (fellation après une pratique anale), un carré de latex (anulingus) ou un gant de latex (fist).

La cuisson des aliments doit être suffisante (120°C) pour inactiver le virus de l’hépatite A. Le virus peut ainsi résister à la chaleur de telle manière qu’il peut être stable durant 1 heure à 60°C. Il résiste également aux méthodes classiques de conservation des aliments (réfrigération et congélation). La cuisson « classique » des coquillages ne garantit pas l’absence de risque d’infection. Il est ainsi préférable d’éviter la consommation de coquillages, s’ils ne proviennent pas d’une zone d’élevage autorisée et contrôlée, ou alors après cuisson prolongée. Les légumes et les fruits consommés crus doivent également être abondamment rincés avec de l’eau potable non contaminée.

Il est recommandé aux voyageurs se rendant dans des pays à faible niveau d’hygiène ou en région endémique de consommer uniquement des fruits et légumes cuits ou pelés (pas de crudités par exemple), de ne pas boire d’eau susceptible d’être contaminée (consommer de l’eau en bouteille) et d’éviter la consommation de coquillages insuffisamment cuits.

La vaccination est la protection la plus efficace contre l’hépatite A. Elle peut être pratiquée à partir de l’âge de 1 an. Deux doses sont injectées par la voie intramusculaire et séparées de 6 à 12 mois. Les anticorps protecteurs apparaissent dans 98 à 100 % des cas après la 1ère dose et deux semaines après celle-ci. Ce délai court permet d’éviter la survenue de la maladie en postexposition, après un contact à risque avec une personne malade. Ils persistent à vie après la 2nde dose (dose de rappel).

 

Cette vaccination est donc utile en préexposition pour certaines populations à risques :

  • Les jeunes accueillis dans les établissements pour l’enfance et la jeunesse handicapées ;
  • Les personnes atteintes de mucoviscidose ;
  • Les personnes atteintes d’hépatopathies chroniques ;
  • Les enfants, à partir de l’âge d’un an, nés de familles dont au moins un des membres est originaire d’un pays où sévit de manière importante l’hépatite A et qui sont susceptibles d’y séjourner ;
  • Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ;
  • Certains professionnels :
    • Les personnes s’occupant d’enfants n’ayant pas atteint l’âge de la propreté (personnels des crèches, assistantes maternelles, etc.) ;
    • Les personnels des structures collectives d’accueil pour personnes handicapées ;
    • Les professionnels impliqués dans la préparation alimentaire en restauration collective (cantines) ;
    • Les personnes chargées du traitement des eaux usées et des égouts ;
    • les militaires.
  • Tous les voyageurs de plus d’un an devant séjourner dans une région du monde où l’hygiène est précaire, quelles que soient les conditions du séjour.

Rédigé en lien avec le Professeur Jean Marie PERON  - Hépato-gastro-entérologue - Coordinateur Médical Régional – Coordination Hépatites Occitanie (COHEP)