Origine / Définition
Les cyanobactéries ont longtemps été appelées « algues bleues ». Elles sont d’ailleurs nommées cyanophycées, de cyan (bleu) et phycées (algues). Ce sont les premiers organismes cellulaires apparus sur Terre il y a environ 3,8 milliards d’années. Il s’agit de bactéries photosynthétiques (puisant leur énergie via l’énergie lumineuse) à l’origine de notre atmosphère actuelle.
Les cyanobactéries sont adaptées à tous les types de milieux d’eaux douce, marins et terrestres. Elles sont donc présentes sur l’ensemble de notre planète, des lacs aux océans, en passant par les glaces, les marais salants, les rivières, les sources d’eaux chaudes, etc.
Ces organismes sont essentiels au fonctionnement des différents écosystèmes. Dans certaines conditions, ils peuvent proliférer dans les eaux et présenter un danger pour la santé humaine et animale.
Qu’est ce qui provoque cette prolifération ?
Plusieurs facteurs favorisent leur prolifération :
- Les éléments nutritifs : la présence d’azote et de phosphore associée à la lumière naturelle va permettre un développement important de la biomasse dans l’eau et par conséquent des cyanobactéries.
- La température de l’eau : la saison qui favorise la prolifération des cyanobactéries débute au printemps, lorsque la température dépasse 15°C. Elles demeurent présentes dans l’eau jusqu’à l’automne.
- L’ensoleillement : un fort ensoleillement favorise la prolifération de ces organismes.
- Les précipitations : bien que les précipitations puissent faire baisser la température des eaux, celles-ci peuvent également apporter des éléments nutritifs (phosphore et azote) pour les cyanobactéries, via notamment le lessivage des sols agricoles.
- L’absence d’agitation du milieu : certaines espèces de cyanobactéries se développent plus facilement lorsque le milieu est calme (lacs, étangs, etc.).
- La turbidité élevée (trouble de l’eau) : elle favorise le développement de certaines cyanobactéries par rapport aux autres micro-organismes présents dans l’eau.
- Le manque de prédateurs adaptés : les cyanobactéries font partie du phytoplancton, habituellement consommé par le zooplancton. Toutefois, elles sont difficilement digestibles pour ces organismes. Elles échappent donc en partie à cette prédation, ce qui favorise leur prolifération, tandis que les autres micro-algues restent davantage régulées par le zooplancton.
Ces facteurs vont permettre aux cyanobactéries de se développer très rapidement et d’entrer en compétition avec les autres micro-organismes naturellement présents dans l’eau. Leur nombre peut devenir extrêmement élevé (plusieurs milliards de cellules par litre d’eau) et impacter l’aspect de l’eau (coloration…). Cette croissance exponentielle est nommée efflorescence ou « bloom » en anglais.
Les photos ci-dessous permettent de visualiser ces efflorescences
Les différents types de cyanobactéries : Comment les reconnaitre ?
Les cyanobactéries visibles à l’œil nu peuvent se développer sous forme de cellules isolées ou à l’inverse constituer des colonies parfois très denses. Nous pouvons en distinguer deux types. Nous avons d’un côté les planctoniques et de l’autre, les benthiques.
Les cyanobactéries planctoniques sont présentes librement dans la colonne d’eau
Les photos ci-dessous permettent d’imager ce type de cyanobactéries
Les cyanobactéries benthiques sont quant à elles, fixées sur les différents sédiments de la rivière (pierres, galets, etc.). Ces amas de cyanobactéries peuvent parfois se détacher des sédiments et ainsi flotter à la surface de l’eau, on appelle cela des flocs.
Les photos ci-dessous permettent d’exposer ce type de cyanobactéries
Lorsque la présence de cyanobactéries est importante dans l’eau, il peut y avoir un risque sanitaire pour l’homme comme pour l’animal.
Certaines cyanobactéries peuvent produire des toxines : les cyanotoxines. Ces toxines sont libérées dans l’eau quand les cellules meurent.
Il existe 3 groupes de cyanotoxines :
- Hépatotoxines : elles sont impliquées dans de nombreux cas d’intoxications humaines et animales (vomissements, diarrhées…). Les plus connues sont les microcystines.
- Neurotoxines : ce sont des toxines alcaloïdes pouvant entrainer des effets néfastes pour le système nerveux.
- Dermatotoxines : elles provoquent des irritations de la peau.
La contamination vers l’Homme se fait principalement par voie orale ou dermique (via la peau), par inhalation, par consommation d’eau, d’aliments contaminés et par contact lors d’activités récréatives.
Lors de baignades ou d’activités nautiques, les cyanobactéries en contact avec la peau ou ingérées peuvent provoquer des conjonctivites, des irritations de la gorge et des oreilles, des maux de tête, des diarrhées, de la fatigue et des vertiges.
Pour les animaux susceptibles de boire l’eau en bord de lac ou de rivière, les conséquences peuvent être plus graves. L’ingestion de cyanobactéries est en effet plus directe et peut entraîner des symptômes digestifs ou neurologiques sévères, voire le décès.
Dans une zone de baignade déclarée à l’ARS par une commune, une surveillance journalière de la présence d’écume ou de mousse caractéristiques doit être effectuée par le responsable de la baignade.
Depuis la saison 2022, la gestion du risque sanitaire s’appuie sur une instruction de la Direction Générale de la Santé du 6 avril 2021.
Deux seuils de gestion y sont précisés en fonction du type de cyanobactéries.
Pour les cyanobactéries planctoniques (cyanobactéries qui surviennent principalement dans les plans d’eau) :
- Information du public lorsque la somme des biovolumes dépasse 1 mm3/L.
- Interdiction de la baignade, restriction des activités nautiques et recommandation de la non-consommation des produits de la pêche en cas de dépassement d’un seuil des toxines recherchées :
Toxines | Microcystine | Cylindrospermopsine | Anatoxine | Saxitoxine |
|---|---|---|---|---|
Seuil (en µg/l) | 0,3 | 42 | Détection | 30 |
Pour les cyanobactéries benthiques (cyanobactéries qui surviennent le plus souvent dans les eaux courantes peu profondes) :
- Information du public dès présence de biofilms ou de flocs.
- Adaptation de la zone de baignade ou interdiction de la baignade, et recommandation de la non-consommation des produits de la pêche lorsque l’anatoxine est détectée.
Bien entendu, un appel à la vigilance est affiché sur les sites concernés.
Les captages utilisés pour la production d’eau destinée à la consommation humaine sont sous la surveillance de l’ARS qui effectue des contrôles réguliers dont les résultats sont publics.
Les cyanobactéries font partie des paramètres analysés lors de ces contrôles.
La personne responsable de la production de l’eau doit également mener une surveillance de la qualité de l’eau, qui comprend les cyanobactéries si elles ont été identifiées comme un risque possible. En cas de suspicion de présence et de développement de cyanobactéries, les responsables de ces points d’eau alertent l’ARS pour procéder à des analyses.
La présence de cyanobactéries dans l’eau d’un lac, d’un étang ou d’une rivière utilisée pour produire de l’eau potable ne signifie pas forcément qu’un risque existe lors de la consommation de l’eau du robinet.
Lors du contrôle sanitaire du captage, si la somme des biovolumes des cyanobactéries dépasse 0.65 mm3 par litre d’eau, l’analyse des toxines est organisée par l’ARS sur le réseau d’eau portable alimenté par ce captage. Cela permet de déterminer si la consommation d’eau potable, après traitement de l’eau, peut présenter un danger.
Si des toxines sont présentes dans l’eau de consommation à une concentration dépassant les seuils, une interdiction de consommer l’eau peut être mise en place.
Toxines | Microcystine | Cylindrospermopsine | Anatoxine | Saxitoxine |
|---|---|---|---|---|
Seuil (en µg/l) | 0,2 | 1 | Détection | 30 |





